Un départ tumultueux qui rétrograde le double champion du monde en troisième position, victime de sa précipitation. Lewis Hamilton conserve son gain et Nick Heidfeld profite de l’imprécision de l’Espagnol pour accéder au deuxième rang. Felipe Massa est quatrième, son coéquipier est sixième et nous retrouvons un Nico Rosberg intercalé entre les décevantes Ferrari. Un peu plus loin sur la grille, la Honda de Jenson Button reste figée, paralysée par la malédiction qui semble frapper le circuit de Montréal. Trahi par une boîte à vitesses défectueuse, l’espoir d’accrocher des points s’efface remplacé par le salut d’un nouvel abandon. Entre dépit et habitude, l’Anglais regagne son stand, la course est finie pour lui sans même avoir commencée !... Au neuvième tour, Scott Speed tente de dépasser la Williams d’Alexander Wurz mais l’accrochage est inévitable. L’Américain détruit sa suspension avant gauche et marque le début d’une longue série d’abandons !... Le circuit Gilles Villeneuve est réputé pour son intolérance face aux perditions des pilotes. Certaines d’entre elles aboutissent par une collision avec le mur. Ce dimanche n’échappera point à la tradition !

Le premier déploiement de la voiture de sécurité s’effectue après le choc d’Adrian Sutil qui aurait tutoyé avec insistance les protections en béton qui entourent le tracé. L’Allemand abandonne donc au vingt-deuxième passage à la suite de cet incident. Les débris de sa Spyker parsèment une portion de la piste. Dès la sortie du « safety car », Fernando Alonso et Nico Rosberg regagnèrent leurs stands afin d’effectuer leur premier arrêt. Certains y verront une intention de profiter de la situation dont les commissaires penchés attentivement sur le cas. Mais en fait, il s’agissait tout simplement de l’application logique de leur stratégie réciproque. Or, depuis 2007, le règlement stipule qu’il est strictement interdit de ravitailler sous le régime ci-présent. En respect avec cet article, les officiels décideront de sanctionner les deux pilotes. Ils devront donc repasser par la voie des stands pour observer leur pénalité, un « stop & go » adjugé à dix secondes, sans avoir le droit de toucher à la monoplace. Ce n’est pourtant pas la seule bévue qui sera jugée : Felipe Massa et Giancarlo Fisichella ont quitté les stands après leur ravitaillement alors que le feu était rouge. La piste leur était momentanément fermée, ils auraient dû attendre la libération du circuit par la voiture de sécurité. Une seconde entorse au règlement depuis le début de la course qui ne restera pas impunie.

Au vingt-huitième tour, le « safety car » laisse les furieux s’expliquer mais sa deuxième apparition ne tardera pas. Robert Kubiça tentait une manœuvre de dépassement sur Jarno Trulli mais un passage dans l’herbe le déportera à pleine vitesse dans le mur. Le choc fut d’une violence incomparable. La monoplace Munichoise s’envole dans une série de tonneaux. Une image bouleversante et terrifiante s’empare su circuit. Un scène que nous aimerions oublier. Les secours s’affèrent autour de l’épave, le pilote sera évacué et conduit par la suite à l’hôpital Sainte-Hélène. Nous apprendrons dans la soirée que le Polonais souffre simplement d’une entorse à la cheville droite et d’une légère commotion cérébrale. Nous souhaitons un bon rétablissement à ce jeune talent apprécié de tous pour sa simplicité, sa disponibilité et son époustouflant coup de volant. Nous espérons le retrouver dès le grand prix de France dans les paddocks !...

Retour à la course, trente-quatrième passage, la piste a été nettoyée et un nouveau départ lancé va être donné. David Coulthard renoncera peu après suite à des problèmes de boîte à vitesse.

Christian Albers déclenche la troisième sortie de la voiture de sécurité. Nous sommes à vingt-deux tours du déploiement du drapeau à damier et le Néerlandais achève sa course par une énième facétie. Il perd son aileron avant recouvrant la piste de différents morceaux de la monoplace orange. Puis la Toro Rosso de Vittantonio Liuzzi embrasse le mur et provoque la dernière intervention de celle que nous ne nommerons plus en vue de sa célébrité. La sanction tombe enfin pour le Brésilien de la Scuderia et le « Rital » de la marque au losange : le calvaire s’achève sur la disqualification au cinquante-septième passage du leader. Une injustice certaine au regard de l’infraction commise, il est de même pour l’affaire Fernando Alonso / Nico Rosberg dont la stratégie fut décapitée seulement parce qu’ils voulaient éviter la panne d’essence !...

En marge des imperfections de l’arbitrage en Formule 1, l’action ne manque pas sur la baie du Saint-Laurent. Jarno Trulli percute le mur à la sortie des stands sous neutralisation de la course.

Saluons l’impressionnante remontée d’Heikki Kovalainen qui décrochera les points de la quatrième place : une récompense chanceuse mais néanmoins méritée pour le Finlandais souvent accablé par les ennuis. Takuma Sato n’est pas en reste en vue de ses dépassements sur Ralf Schumacher et le conquistador d’Oviedo. Son audace et son courage légendaire conjugués à son talent lui permettront d’acquérir la sixième positions juste derrière un invisible Kimi Raïkkönen.

Le classement sera le suivant : la hargne de Lewis Hamilton se traduira par son premier succès, l’Anglais est en passe d’écrire les plus belles pages du sport automobile. Nick Heidfeld est un solide second et nous voudrions le féliciter pour son professionnalisme en vue de la terrible épreuve subie par son partenaire. Alexander Wurz complète le trio de tête et permet à son team de renouer avec le must du « MUMM » le champagne et les gros points. Certes, il le doit en partie aux nombreux incidents parvenus au cours du grand prix mais il occupe cette position, c’est également grâce à son expérience. Absence d’erreur signifie reconnaissance et réussite !... Nico Rosberg poursuit son aventure avec la malchance, il devra se satisfaire de sa dixième place et oublier qu’il aurait pu prétendre au podium si… Mais cela importe peu en Formule 1, seul le résultat compte, il n’y aura aucun prétexte valable pour pardonner les imperfections de la jeunesse ou accepter les injustices !... Quant à Mark Webber, il termine neuvième, suivi par un Anthony Davidson (onzième) et Rubens Barrichello en bon dernier.

Fernando Alonso abordera certainement le prochain rendez-vous avec un désagréable souvenir de Montréal. Enervements, imprécisions et infortunes ont rythmé la course de l’Espagnol qui laisse filer le « leadership » entre les griffes de la météorite Lewis Hamilton. Nos pensées restent à l’attention du malheureux Robert Kubiça. La victoire du pilote McLaren semble presque dérisoire en comparaison avec l’épouvantable vision de l’accident du Polonais.

Notre analyse se termine sur une touche de joie, d’inquiétude puis enfin de soulagement en sachant que la santé de l’équipier de Nick Heidfeld n’est pas en danger…